jeudi 1 novembre 2012

AGGLO 2030 …une réflexion qui démarre

01/11/12 - Jeudi dernier, Jean-Luc Rigaut déclarait en qualité de Président de la C2A que « gouverner c’est prévoir [1]». Je partage largement cet avis et je considère aussi que les élus doivent avoir une attitude de leader en proposant des initiatives différentes des solutions mises en œuvre jusqu’à ce jour. La brève présentation faite aux délégués des 13 communes de l’agglomération est de toute évidence le fruit de techniciens de l’aménagement du territoire qui saisissent cette opportunité pour remettre à l’agenda des dossiers dont on parle depuis fort longtemps.

Transports : l’agglomération annécienne comme toutes les villes est engorgée par les flux de véhicules des résidents et par les flux touristiques autant en hiver qu’en été. Le recours aux transports en commun fait certes partie de la solution et en ce domaine, le groupe de travail propose bien de multiplier par deux la capacité des transports en commun en la portant à 50’0000 passagers/jour. Mais est-ce suffisant comme le soulignait un délégué lorsque l’on sait qu’environ 60'000 passagers viennent s’entasser sur la RN508 chaque jour ? Et cela en 2012, qu’en sera t-il en 2030 ? Alors le contournement d’Annecy, le tunnel sous le Semnoz bien que nécessaires ne suffiront pas !

Le Président a évoqué à plusieurs reprises l’impact du grand Genève où il est prévu d’avoir 1'000'000 d’habitants. Quels seront les impacts sur la vie de notre Venise des Alpes ? Un accroissement du nombre de frontaliers ? D’acheteurs qui profiteraient d’une parité favorable entre l’Euro et le Franc Suisse ? Ne faudrait-il pas avoir une vision plus ambitieuse qui permettrait à Annecy de relier l’infrastructure du CEVA par un moyen de transport en commun rapide ? Pourquoi ne pas envisager un monorail le long de l’autoroute LYANE ? Ubuesque, critiqueront certains lecteurs. Je les invite à venir passer 200 jours par an dans les embouteillages à la douane de Bardonnex pour comprendre qu’un problème existe en ce qui concerne ce trafic pendulaire et qu’une solution novatrice doit être trouvée pour que la situation soit bloquée en 2030.

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En matière de transports, à ce stade préliminaire des réflexions, les élus proposent le maintien de l’aéroport de Meythet et une amélioration substantielle de la liaison TGV. Il s’agit là de mesures indispensables à l’existence économique de notre ville de province. J’entends les riverains se plaindre de l’existence de cette piste d’atterrissage au milieu des habitations. Rappelons que celle-ci était là pour la plupart d’entre eux avant qu’ils choisissent de s’installer à sa proximité. Cet outil est nécessaire à la vie économique et sociale de notre territoire. Cela dit, une négociation pourrait être initiée avec l’aéroport de Genève afin de trouver des complémentarités. Cointrin est également engorgé avec un trafic annuel 2011 de plus de 13 millions de passagers, 189'000 mouvements et 72'000 tonnes de marchandises avec une seule piste. Les parkings de cette plateforme sont en 2012 saturés et donc devenus extrêmement onéreux. Vous pouvez partir à Marrakech pour 37 € avec une compagnie low-cost, mais vous devrez vous acquitter de la même somme chaque jour pour laisser dormir votre voiture à proximité de l’aéroport. Là encore, des solutions beaucoup plus novatrices doivent être imaginées. Je pense à ce que j’ai utilisé entre Maynard et Boston ou encore l’aéroport de Nice et Sophia-Antipolis où des navettes héliportées assurent les liaisons entre les centres économiques et l’aéroport. La création de parkings relais, comme il l’est fait lors du Salon de l’auto, couplés avec des liaisons régulières et fréquentes en transports en commun est une autre piste. Il doit y en avoir d’autres qui pourraient faire l’objet des réunions thématiques proposées par le Président de la C2A.

1.1 Développement économique

En ce domaine, je suis sans doute influencé par les mauvaises nouvelles de la semaine. En premier lieu, le chômage dans le département est reparti à la hausse (+13,3 % en un an et +2.5 % entre août et septembre 2012). Ensuite, les familles qui détiennent Thermocompact (+ de 200 salariés) ont annoncé au marché financier leur intention de vendre leurs actions à Naxicap. Comme pour Salomon ou d’autres entreprises lorsque les dirigeants historiques quittent le navire (même si dans le cas de Thermocompact, il est précisé qu’ils resteraient aux commandes…), le lien émotionnel qui lie l’entreprise au territoire est considérablement affaibli. Dans ces conditions, et à la lecture d’une seule diapositive exprimant le vœu de créer 10'000 emplois en 18 ans doit être supporté par un plan de développement détaillé, précisant comment et où ces emplois vont être créés. Depuis cinq ans, malgré un soutien actif des différentes entités économiques, la mécatronique n’a pas démontré que ce secteur industriel était en mesure de créer des emplois. Après la crise de 2009, le chiffre d’affaires des entreprises du SNDEC est remonté sans que les emplois suivent le même mouvement. On peut s’en réjouir car c’est un signe d’une amélioration notable des processus de fabrication (robotisation), mais dans ces conditions, il est difficile de pouvoir escompter une forte progression de l’emploi dans ce secteur. Le SNDEC prévoit lui-même seulement 3000 emplois supplémentaire alors que 6000 ont été perdus pendant la crise.

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Figure 1 Source SNDEC

Durant la discussion certains ont fait observer que l’agriculture était absente de cette première présentation. C’est vrai, mais je préfère utiliser la segmentation de l’agence économique départementale en parlant d’industrie agroalimentaire.

 

1.2 Economie numérique

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L’économie numérique n’a pas été abordée lors de cette première présentation bien que plusieurs délégués aient eu connaissance ou participé à l’élaboration de l’étude prospective « Pour le développement de l’économie numérique » avec l’ambition de créer 10'000 emplois dans ce secteur et atteindre 5 % du PIB du département réalisé en début d’année dans le cadre du Conseil Stratégique Haute-Savoie Avenir (CSHSA).

L’industrie de l’image évoquée lors de cette première présentation a le mérite d’engranger quelques succès avec le FIFA, MIFA, CITIA et l’école des Gobelins. Toutefois, en termes de créations d’emplois, les investissements réalisés par les différents partenaires devraient pouvoir déboucher sur de meilleurs résultats. Pour l’instant ils sont essentiellement créés dans des TPE qui ont du mal à survivre et de nombreux talents formés à Annecy quittent la région voire notre pays. La création d’emplois et de PME/ETI doit faire partie des objectifs de cette filière. Des mesures sont proposées dans le rapport du CSHSA.

La présence d’entreprises comme UBISOFT (~200 employés) et SOPRA/AXWAY (~400 employés) doit être pérennisée sur le bassin annécien.

Cette industrie, y compris l’image en mouvement, ne saurait se développer sans la réalisation d’infrastructures de communications performantes comparables à celles mises en œuvre dans d’autres villes en France ou à l’étranger. Un plan 100 Mb/s pour tous doit absolument faire partie de cette vision 2030. Ceci doit comporter non seulement les communications filaires (fibre) mais aussi hertziennes (WIMAX, WIFI…). Les bénéfices espérés concerneront alors toutes les filières économiques y compris et surtout le tourisme fut-il d’affaires.

 

1.3 Le Tourisme

Les discussions actuelles se concentrent beaucoup trop sur un outil (centre de congrès) alors qu’une vision stratégique comportant beaucoup d’autres aspects doit être articulée pour maximiser les chances de l’agglomération en ce domaine. Je me suis déjà exprimé sur ce blog à ce sujet.

Restons sur le tourisme de ville pour lequel je vous livre quelques éléments tirés d’une excellente étude de Suisse Tourisme « 2030 : Le tourisme suisse face aux changements climatiques ». Selon les auteurs, le tourisme urbain devrait mieux résister aux changements climatiques que d’autres régions. Nous devrions également assister à une méditerranéisation. « Il se peut que l’attrait des villes augmente durant les étés chauds » précisent-ils. La « fraicheur d’été » deviendrait un argument pour notre ville des Préalpes d’autant plus que nous sommes situés à proximité d’un lac. En ce domaine, la nature a bien doté Annecy, reste à préserver notre écrin et à le rendre encore plus attractif. Je pense notamment à une stratégie de développement du parc hôtelier, à une phase deux après le regroupement des offices du tourisme pour mieux mettre en marché notre destination et toujours maintenir nos efforts de professionnalisation de cette filière.

1.4 Conclusion

Les informations préliminaires transmises lors de la 1ère réunion sur ce sujet sont encore trop incomplètes pour élaborer un plan 2030. Malgré le fait que les travaux destinés à préciser cette vision se télescopent avec la campagne pour les élections municipales, j’espère que nos élus trouveront la force de dépasser le stade des débats partisans tout en restant à l’écoute pour accepter d’inclure dans leurs réflexions des idées novatrices. Sur le plan méthodologique, en particulier sur le plan des consultations avec les différents partenaires susceptibles d’être impliqués nous pourrions considérer le plan directeur cantonal pour Genève 2030 comme une source d’inspiration. J’essayerai de participer aux réunions thématiques et je continuerai à contribuer aux travaux du Conseil Stratégique Haute-Savoie Avenir afin d’alimenter la réflexion avec des idées pour qu’en 2030 notre agglomération soit toujours un espace de vie agréable.


[1] Emile De Girardin